Sons en boîte de nuit : que sont les ultrasons, les décibels, les aigus ?

Souvent à la sortie des boîtes de nuit, on entend des phrases du genre : “Ils balancent des ultrasons, c’est sûr”, “J’ai pris une claque dans les aigus”, “C’était tellement fort que ça vibrait dans tout le corps”, ou encore “On devrait interdire ce genre de son”. Derrière ces réactions, il y a quelque chose de très humain : quand un son devient inconfortable, on cherche une explication simple, et on associe souvent la gêne à l’idée de “fréquences spéciales” ou de “sons invisibles”. Sauf que, dans la réalité, trois notions différentes se superposent facilement : l’intensité (les décibels), la hauteur (grave/aigu), et ce qu’on appelle “ultrasons”, un mot souvent employé à tort pour désigner “quelque chose de très aigu”.

Remettons ensemble ci-dessous les choses dans l’ordre avec des repères compréhensibles, sans jargon inutile. Pas pour minimiser ce que les gens ressentent — un son peut être franchement pénible, voire douloureux — mais pour pouvoir dire précisément ce qui se passe. Parce qu’une fois qu’on distingue le volume, les aigus, et les ultrasons, on comprend mieux pourquoi certaines soirées sont agréables et d’autres non, pourquoi on peut être gêné même quand “ce n’est pas si fort”, ou au contraire ne pas trouver le son “aigu” mais quand même sortir épuisé.

Ressenti en boîte : une expérience “sonore” mais pas seulement

Avant d’entrer dans les notions, il faut se rappeler à quel point une boîte de nuit est un environnement particulier. Vous n’y écoutez pas de la musique comme chez vous ou dans des écouteurs. Vous êtes dans une pièce souvent remplie, avec de la réverbération, des surfaces dures, un système de diffusion puissant, des conversations, parfois des cris, des mouvements constants. Votre corps est aussi impliqué : les basses vous traversent, le sol vibre, la poitrine “pousse”, vous ressentez le son autant que vous l’entendez. Dans un contexte comme celui-là, votre cerveau traite le son en mode “survie” plus qu’en mode “hi-fi”. Il cherche à comprendre vite :

  • est-ce supportable ?
  • est-ce que ça fait mal ?
  • est-ce que ça m’épuise ?

Et si quelque chose vous gêne, il est normal que vous l’expliquiez avec les mots disponibles. C’est ainsi que le mot “ultrason” est devenu fréquemment un raccourci culturel pour désigner un son qu’on ne maîtrise pas. Sauf que, techniquement, l’ultrason ne correspond pas à ce que les gens décrivent la plupart du temps. Pour y voir clair, on va séparer trois axes : le volume, la hauteur, et la zone “au-delà de l’audible”.

Décibels : parler de volume, pas de type de son

décibels

Quand on dit “c’était fort”, on parle généralement du volume. Les décibels, c’est l’unité qu’on utilise pour quantifier l’intensité sonore. Un point important : le décibel n’est pas une “mesure linéaire” intuitive comme des centimètres. Une petite différence en dB peut correspondre à une différence de ressenti assez marquée. C’est une unité pratique pour représenter des très grandes variations d’intensité sans écrire des nombres énormes.

Mais le plus important pour comprendre notre sujet, c’est ceci : les décibels ne vous disent pas si un son est grave ou aigu. Ils vous disent “à quel point ça tape”, pas “où ça se situe” dans la gamme. Un son très grave peut être très fort. Un son très aigu peut être très fort aussi. Vous pouvez même avoir un son très fort qui semble “pas si agressif” parce qu’il est équilibré, et un son moins fort qui semble insupportable parce qu’il est mal réglé.

En boîte de nuit, les décibels entrent en jeu parce que l’exposition au bruit est d’abord une histoire de niveau et de durée. Plus c’est fort, plus l’oreille se fatigue vite. Plus vous restez longtemps dans un environnement bruyant, plus vous augmentez le risque de sortir avec des symptômes temporaires (oreilles “cotonneuses”, sensation d’avoir perdu des aigus, sifflements). Et si l’exposition est répétée, cela peut devenir un problème durable. Ce que beaucoup de gens ne réalisent pas, c’est qu’un même niveau sonore peut être vécu très différemment selon la qualité de la diffusion et la façon dont le son est “construit”. Ce qui nous amène au deuxième axe : la hauteur, c’est-à-dire la fréquence.

Fréquence : grave, médium, aigu… et ce que ça change

La fréquence, c’est ce qui détermine la “hauteur” d’un son.

En simplifiant : faible fréquence = grave, fréquence élevée = aigu.

Une basse de club, c’est une fréquence relativement basse. Un charleston, une cymbale, un sifflement, c’est plutôt dans les hautes fréquences. Entre les deux, il y a les médiums, là où vivent une grande partie des voix et de nombreux instruments. Dans une boîte de nuit, beaucoup de choses peuvent amplifier la sensation d’aigus agressifs. Par exemple, une salle très réverbérante peut faire ressortir certaines bandes de fréquences. Un réglage du système peut être orienté vers un son “bright” (plus de brillance), parfois pour donner une impression de détail, parfois parce qu’on compense un défaut ailleurs. Le DJ peut mixer des morceaux déjà très chargés en haut du spectre. Il peut aussi y avoir des phénomènes de larsen ou de sifflement liés à des micros, à des retours, à des éléments de la chaîne audio.

fréquences

Le point clé, c’est que les aigus dont vous vous plaignez sont presque toujours audibles. Vous les entendez, vous les identifiez comme un “sifflement”, une “agression”, un “truc qui perce”. Or, ce que vous entendez est, par définition, dans la zone audible. Même si c’est très haut perché, même si ça vous semble “au-delà”, tant que vous l’entendez, ce n’est pas de l’ultrason au sens strict. Le mot “ultrason” apparaît souvent parce que les gens associent “aigu extrême” à “au-delà de l’audition”. Mais dans la plupart des cas, l’aigu extrême reste encore audible. Et même quand un système audio génère des composantes au-dessus de l’audible, ça ne veut pas dire que ce sont elles qui vous gênent. Ce qui vous gêne, c’est généralement ce qui est dans la bande que votre oreille traite, et surtout la combinaison : niveau élevé + durée + distribution d’énergie dans les aigus.

Mais alors qu’est-ce que l’ultrason dans tout ça ?

Les ultrasons, au sens simple, sont des sons dont la fréquence est au-delà de la zone d’audition humaine. L’humain entend globalement entre les graves et les aigus dans une certaine plage, avec une sensibilité qui varie selon l’âge, la fatigue, et les individus. Ce qui est “au-dessus” de cette plage, on l’appelle ultrason. Et le plus gros nœud de confusion avec cette plage, c’est quand des gens parlent d’“ultrasons” pour évoquer des sons très aigus mais audibles, ou des sons à la limite de l’audition. Parfois, on utilise aussi “ultrason” comme mot-valise pour parler de tout ce qui touche aux hautes fréquences, au “brillant”, au “perçant”, ou même aux sons qui déclenchent une sensation de gêne. Mais ce ne sont pas des ultrasons au sens technique du terme.
Nous n’allons pas entrer ici dans les précisions techniques de la chose, mais si vous voulez en savoir plus sur ce que c’est réellement, sur ce à quoi ça sert ou encore pourquoi ce n’est pas la même chose qu’un son aigu en boîte de nuit, nous vous invitons à aller consulter le site de Sinaptec, expert en la matière et qui répondra bien mieux que nous à toutes celles et tous ceux qui se posent, entre autres, la traditionnelle question : qu’est-ce qu’un ultrason ?

qu'est-ce qu'un ultrason

Pourquoi la confusion est si fréquente ?

Il y a d’abord le piège du vocabulaire. “Ultrason” sonne scientifique. Ça donne une explication qui semble plus “solide” que “c’était mal réglé”. Donc on l’adopte.
Ensuite, il y a le piège de la sensation. Quand un son est très aigu et très fort, il donne une impression de “dépassement”. Vous avez l’impression que votre oreille n’arrive pas à traiter, que ça sort de l’échelle habituelle. Ce ressenti se transforme facilement en “c’est au-delà de l’audible”, donc “ultrason”. Alors que vous pouvez avoir cette impression tout en restant dans l’audible. Et enfin, il y a le piège des histoires qui circulent : des rumeurs sur des dispositifs “anti-jeunes”, des buzz sur des sons cachés, des théories sur des clubs qui “balanceraient” des fréquences spéciales pour influencer les gens, etc. Certaines technologies existent bel et bien dans d’autres contextes, mais elles ne se superposent pas automatiquement à l’expérience classique d’un système de sonorisation de club. Le résultat, c’est que dès qu’un club est désagréable, l’explication “ultrasons” arrive vite. Or, dans l’écrasante majorité des cas, l’explication la plus simple est : le son est fort, et/ou il est trop chargé dans une zone d’aigus, et/ou la salle accentue cette zone.

Son fort et son agressif : deux problèmes différents

Autre distinction qui aide énormément : un son peut être fort et agréable. Il peut aussi être moins fort mais agressif. Et il peut être à la fois fort et agressif, ce qui est la pire combinaison.
Le “fort” vient surtout du niveau global. Il se ressent comme une pression sonore, une saturation du cerveau, une fatigue générale. Le “agressif” vient souvent d’un déséquilibre, notamment dans les hautes fréquences, ou d’éléments très étroits comme un sifflement constant. L’agressivité peut aussi venir de la distorsion : un système poussé trop fort peut déformer le signal, et cette déformation génère des harmoniques qui rendent le son plus dur, même si le niveau moyen n’augmente pas tant que ça. Quand vous sortez, vous pouvez vous poser une question simple : est-ce que vous avez subi un “mur de son” (fort), ou est-ce que vous avez subi un “couteau dans l’oreille” (agressif), ou les deux ? La réponse vous aiderait à décrire le problème ce qui peut éventuellement vous servir dans d’autres circonstances même s’il y a fort à parier que vous ne classerez pas la boite de nuit à Paris dans la liste des boites de nuit que vous recommandez à vos proches.

Ce que les boîtes font réellement avec les hautes fréquences

Un système de sonorisation de discothèque vise d’abord une chose : diffuser la musique avec de l’énergie, de la clarté, et une sensation physique. Les clubs mettent souvent l’accent sur les basses parce que ce sont elles qui donnent la sensation de puissance et d’impact. Les hautes fréquences servent à la définition : les transitoires (petits coups rapides), le claquement, la brillance, l’air. Mais si on en met trop, ou si la salle “renvoie” ces hautes fréquences, ça peut devenir fatigant.
Dans certaines configurations, un DJ ou un ingénieur son peut réduire les médiums pour éviter que le mix soit “boueux”. Sauf que si vous creusez trop les médiums et que vous laissez beaucoup de bas et beaucoup de haut, vous obtenez un son “en V” : spectaculaire au début, mais souvent épuisant sur la durée. Et dans ce cas, les gens parlent davantage d’aigus “qui percent” ou — encore une fois — d’“ultrasons” par abus de langage.
Il y a aussi le cas des sifflements parasites : un larsen très fin, un bruit de chaîne audio, un problème d’appareil. Ça, c’est typiquement le genre de chose qui fait dire “on dirait des ultrasons”. Pourtant, c’est audible, et souvent lié à un problème technique parfaitement banal.

Le cas particulier des sons “à la limite” : quand on n’est pas tous égaux

Il existe une zone intéressante : les fréquences très hautes, proches de la limite de l’audition. Certaines personnes les entendent très bien, d’autres beaucoup moins. L’âge joue un rôle important, mais pas seulement. La fatigue, l’exposition récente à un environnement bruyant, et la sensibilité individuelle comptent aussi. C’est pour ça que, dans un même club, une personne peut dire “j’entends un truc insupportable” et l’autre répondre “moi je n’entends rien de spécial”. Ce n’est pas forcément que l’un invente. C’est parfois que le son est dans une zone où les oreilles ne répondent pas toutes de la même manière. Là encore, on peut être tenté de croire qu’il s’agit d’ultrasons alors qu’il n’en est rien, simplement, on reste généralement dans des aigus audibles pour une partie du public.

Une façon simple de vérifier si vous parlez d’ultrasons… ou juste d’aigus

Sans appareil de mesure, sans théorie, vous pouvez utiliser une règle simple : si vous pouvez le décrire comme un son (sifflement, grésillement, “tsss”, “iiii”), c’est probablement audible, donc ce n’est pas un ultrason au sens strict. Un ultrason – comme un infrason au passage – n’est pas entendu comme un son. Il peut y avoir des effets indirects dans certains contextes techniques, mais dans l’expérience typique d’un club, ce que vous “entendez” n’est pas “au-delà de l’audible”.

Deux erreurs fréquentes

  1. Première erreur : “ultrason = agressif”.
  2. Deuxième erreur : “aigu = ultrason”.

Pour résumer simplement

  • Décibels : indiquent surtout “à quel point c’est fort” (le volume).
  • Aigus : sons hauts que vous entendez (sifflements, brillance, “ça perce”).
  • Ultrasons : fréquences au-delà de l’audible humain, surtout utilisées dans des technologies (capteurs, industrie, etc.).

Sensations après la soirée et conseils

Après la soirée, beaucoup de gens se demandent : “Si j’ai les oreilles qui sifflent, est-ce que c’était des ultrasons ?” La réponse est donc non, même si le ressenti n’est pas agréable. Rappelons brièvement quelques conseils basiques : n’hésitez pas à faire des pauses au calme, évitez de rester trop près des enceintes, et envisagez des protections auditives adaptées si vous sortez souvent. Ce sont des recommandations de bon sens qui améliorent l’expérience sans casser l’ambiance !

En boîte de nuit, on parle beaucoup de “son fort”. Mais dès qu’on creuse un peu, on voit que le ressenti dépend aussi de la hauteur du son (grave/aigu), de la façon dont la salle renvoie certaines fréquences, de la qualité de la diffusion et de la perception individuelle (une perception qui ne diffère d’ailleurs pas que dans les boites de nuit mais aussi dans les salles de cinéma par exemple). Quant aux ultrasons, ils désignent des fréquences au-delà de l’audible, très présentes dans des applications techniques… mais sans rapport avec le volume sonore des discothèques.

C.S

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